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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 00:03

 

« Cet artiste est-il un descendant de l'illustre famille des Estienne, aussi délicats typographes qu'érudits hellénistes ? On ne sait. Mais il a, comme Robert, le même sens artistique des harmonies de lignes.

 

Et où les trouver plus attrayantes, plus séductrices, ces harmonies, que dans les courbes gracieuses d'un corps de femme ?

 

Mais pour Bernard Etienne le corps féminin est non seulement une source inépuisable d'inspiration, mais aussi d'enseignement.

 

Attentif à l’expression de ses moindres détails, il l’étudie, l'observe, le scrute sans illusion, sans indulgence, avec une sévérité, une rigueur implacable qui lui en font découvrir les moindres défauts, les tares secrètes, souvent révélatrices et ce corps dépouillé de tout fard, il le livre crûment, en sa plus émouvante réalité. Les lacis linéaires de ses esquisses sont pour lui le soutien, le substratum de son oeuvre définitive. D'où le caractère si vivant de ses études de Nus.


Certains de ses nus apparaissent, tout vibrants d'émois secrets, tandis que d'autres, plus passifs, étalent des chairs lasses. En cette femme, coiffée d'un chapeau pointu, on admire l'ampleur des seins et des hanches, la perfection de la taille fringante, du ventre musclé, des cuisses larges.

 

Chez cette autre, les bras ont perdu leur accueillante liberté. Ils pendent, abandonnés le long d'un corps aux muscles fléchissant sous la lourdeur des seins, la masse trop généreuse du ventre. Mais ce qui trouble le plus en cette image de femme "mure", c'est l'attitude lasse, c'est le sourire amer, le regard triste, la cynique impudeur… Il y a tout un drame dans cette terrible, dans cette implacable Étude de Nu !

 

Aux études constructives de nus, Etienne oppose les subtiles symphonies de lumière sur des formes harmonieuses, dans tout le charme de leur jeunesse à peine épanouie, comme il apparaît dans cette étude de jeune femme vue de dos.

 

Les portraits de Bernard Etienne sont les plus émouvantes des collaborations. Entre l’artiste et son modèle naît un échange cérébral qui ne cesse de s'intensifier, un contact spirituel et sensoriel, à chaque rencontre plus intime. Etienne pratique le portrait avec recueillement, avec une passion concentrée dans l'âme même de son modèle. Il se l’assimile et en pénètre les mystères.

 

Citons, entre autres, ce lourd, mais fin visage d'homme mûr à l’abondante chevelure évocateur de certains types de Daumier, et cette autre tête d'homme dont le regard rusé révèle un caractère plus secret. L'artiste en a exprimé la mystérieuse finesse par un réseau de lignes concentrées dans le "triangle de vie" (ligne des sourcils à la pointe du menton).

 

Le portrait d'une mère ou d'un père est toujours l’œuvre la plus émouvante d'un peintre : il y met tout son amour, tout son respect, toute sa vénération. Celui que Bernard Etienne a fait de son grand-père ne dément pas la règle. N'ayant pas connu son grand-père, il l’a imaginé d'après une vieille photo. On devine après quels émouvants tête-à-tête il a pu réaliser ce qui, pour lui, n'était presque qu’un rêve. Les surcharges de traits de plume révèlent une ferveur presque angoissée, captant la tristesse du regard, l’amère expression des lèvres. Il y a quelque chose de désolé et de désolant dans la bonté foncière de ce visage. Etienne l’a fait sentir avec un talent profondément sensible.

 

Etienne paysagiste… Nul n'est vraiment paysagiste s'il n'a pour l'arbre une vénération passionnée. Comme Gustave Doré, comme Van Gogh, Etienne fait des portraits d'arbres. Il en détaille leurs physionomies, leurs caractères dans les lignes de leurs gros troncs bossués, crevassés, de leurs branches tortueuses ; il en épanouit les chevelures feuillues.

 

À Paris même, d'une lucarne du toit de sa maison, il a découvert un véritable quinconce de cheminées dont il a fait un paysage très pittoresque.

 

Si Bernard Etienne dessine les arbres comme Gustave Doré et comme Van Gogh, il a choisi pour sujet, ou plutôt pour exercice architectural l'église d'Auvers et il l'a interprétée plus exactement que le maître des blés et des tournesols flamboyants. Avec une audacieuse simplicité, il a fait ressortir l'aspect trapu et le caractère de majestueuse puissance de cette architecture romane.

 

Dans le Bestiaire, Bernard Etienne est aussi spirituel qu'habile dessinateur. Ses animaux ont des attitudes, des expressions significatives : ces chevaux, broutant l'herbe d'une prairie, sont stylisés par des entrelacs aux courbes linéaires expressives de souplesse et de force ; cet élan, vu de face, est caractérisé par un front têtu aux cornes en volutes ; ce héron, au long bec mélancolique, est revêtu d'un triste manteau de plumes défrisées.

 

Ces quelques considérations sur les dessins de Bernard Etienne seront peut-être suivies d'une étude plus complète sur son oeuvre de peintre. »

 

Pierre Mornand

Conservateur honoraire à la Bibliothéque nationale

 

En 1969, Scolar Press (Menston, Yorks) publie une série de dessins (nus, portraits, paysages et études d'animaux) sur papier Velin dont ce texte est la préface. En voici, ci-dessous, la couverture et ce recueil est visible en ligne au lien suivant :  http://fr.calameo.com/read/00075883345aaacdc55e8

RecueilCreation60

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Published by etienne-gravure.over-blog.com - dans Biographie
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Bernard Etienne

34, Rue du Littoral - 22410 Tréveneuc

Tél. : 02 96 70 82 25

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